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Thursday, 19 February 2026
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Le Mystère du Serpent : Quand l'Hormone de la Faim, la Ghréline, est Absente

Une étude révolutionnaire révèle l'absence du gène de la ghr

Le Mystère du Serpent : Quand l'Hormone de la Faim, la Ghréline, est Absente
7DAYES
4 hours ago
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Monde - Agence de presse Ekhbary

Le Mystère du Serpent : Quand l'Hormone de la Faim, la Ghréline, est Absente

Dans une avancée scientifique captivante, une étude récente publiée le 1er février 2026 dans la revue *Open Biology* a mis en lumière un fait étonnant : plusieurs espèces de serpents ne possèdent pas le gène codant pour la ghréline, communément appelée « hormone de la faim », ni l'enzyme essentielle à son activation. Cette découverte remarquable pousse les scientifiques du monde entier à réévaluer les mécanismes complexes qui régissent l'appétit, le métabolisme et la survie dans le règne animal, d'autant plus que les serpents sont connus pour leur capacité extraordinaire à jeûner pendant des semaines, voire des mois.

La ghréline est depuis longtemps reconnue pour son rôle de stimulateur de l'appétit chez les mammifères, ses niveaux augmentant généralement avant les repas pour signaler le besoin de nourriture. Son absence totale chez un groupe d'animaux réputés pour leurs capacités de jeûne présente un paradoxe fascinant. Cette anomalie génétique suggère que la régulation de l'équilibre énergétique chez ces serpents pourrait opérer via des voies entièrement différentes de celles observées chez la plupart des autres vertébrés, remettant en question les paradigmes physiologiques conventionnels.

La découverte a été fortuite, résultant d'une étude génomique comparative menée par le généticien évolutionniste Rui Pinto et ses collègues du Centre interdisciplinaire de recherche marine et environnementale de Porto, au Portugal. En analysant les génomes de 112 espèces de reptiles, dont divers serpents, crocodiles et caméléons, obtenus à partir d'une base de données publique, l'équipe de Pinto a mis en évidence un schéma cohérent : le gène de la ghréline et son enzyme activatrice étaient ostensiblement absents chez 32 espèces de serpents. Fait intrigant, ce même schéma a également été observé chez certaines espèces de caméléons et d'agames à tête de crapaud, des lézards qui, contrairement aux serpents, ont tendance à manger assez régulièrement. À l'inverse, les crocodiles, célèbres pour pouvoir se passer de nourriture pendant plus d'un an – surpassant même les serpents dans leur endurance au jeûne – conservent les deux gènes liés à la ghréline.

Pinto suggère que l'absence de ghréline chez les serpents pourrait être moins liée à leur contrôle de l'appétit qu'à leurs adaptations métaboliques uniques. Cette hypothèse est en accord avec des recherches antérieures sur des souris, où la suppression génétique de la ghréline n'a pas modifié de manière significative l'apport alimentaire ou le poids corporel. De plus, tant chez la souris que chez l'homme, les niveaux de ghréline active, ainsi que ceux de son enzyme activatrice, sont connus pour *augmenter* après un repas, ce qui semble contre-intuitif si sa fonction première était uniquement de stimuler la faim. Cela suggère que les rôles de la ghréline s'étendent au-delà du simple appétit, influençant potentiellement la régulation du stockage des graisses et la réponse à l'insuline.

Todd Castoe, généticien évolutionniste à l'Université du Texas à Arlington, non impliqué dans l'étude, a qualifié ces découvertes de « frappantes » et a reconnu que de nombreux scientifiques, y compris lui-même, avaient négligé ce « motif vraiment cool ». Le plan génétique des serpents, en particulier leurs voies métaboliques, semble profondément divergent de celui des mammifères, ce qui pourrait rendre la ghréline superflue à leurs besoins physiologiques spécifiques.

Cependant, d'autres experts prônent une interprétation prudente de l'importance métabolique de la ghréline. Tobias Wang, zoophysiologiste à l'Université d'Aarhus au Danemark, souligne que si la ghréline, comme d'autres hormones impliquées dans l'appétit et la satiété, a certainement des effets métaboliques, il n'existe actuellement aucune preuve solide suggérant que ces effets soient profonds. Rute Fonseca, généticienne évolutionniste à l'Université de Copenhague et co-auteure de l'étude, reconnaît également que leurs analyses actuelles ne sont pas exhaustives pour élucider pleinement les multiples fonctions de la ghréline.

Des recherches supplémentaires sont indéniablement nécessaires pour comprendre pleinement les rôles complexes de la ghréline et les implications précises de son absence chez diverses espèces animales. Wang, par exemple, exprime un vif intérêt pour les manipulations expérimentales, telles que la suppression du gène de la ghréline chez les crocodiles ou l'administration de l'hormone aux serpents, afin d'observer les résultats physiologiques. Castoe suggère que de telles études comparatives pourraient fournir des informations inestimables sur les troubles métaboliques humains, y compris le diabète et l'obésité, ouvrant de nouvelles voies pour la recherche médicale. Cette découverte souligne la profonde diversité des systèmes biologiques et la quête continue pour démêler les adaptations évolutives qui permettent à la vie de prospérer dans une myriade de conditions.

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