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Tuesday, 30 June 2026
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Que nous apprend un scanner CT sur une momie égyptienne ?

Des technologies de pointe révèlent les secrets de santé et

Que nous apprend un scanner CT sur une momie égyptienne ?
عبد الفتاح يوسف
2026-02-09
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Égypte - Agence de presse Ekhbary

Scanner CT : Une fenêtre sur la santé et la vie des momies égyptiennes

Dans une démarche novatrice qui marie l'archéologie et la médecine moderne, une équipe de chercheurs de l'Université de Californie du Sud (USC) a procédé à des 'autopsies virtuelles' de deux momies égyptiennes remarquablement conservées, dont l'âge remonte à plus de 2200 ans. En employant des scanners CT (tomodensitométrie) de haute résolution et des imprimantes 3D de qualité médicale, les scientifiques explorent les mystères cachés sous les bandelettes, dévoilant les affections, les traumatismes et le mode de vie de ces anciens individus. Cette approche technologique avancée ne se contente pas d'éclairer les conditions de santé de l'Égypte ancienne, elle redonne également une dimension humaine à ces vestiges historiques, les transformant d'artefacts inertes en récits de vies vécues.

Les deux momies étudiées sont Nes-Hor, un prêtre ayant vécu aux alentours de 190 av. J.-C., et Nes-Min, dont l'existence remonte à environ 330 av. J.-C. Nes-Hor reposait dans un linceul de lin assombri par le temps, tandis que Nes-Min était vêtu d'un habit en filet orné de perles colorées. Malgré l'immense fossé temporel, les experts ont abordé leur examen avec la même minutie et le même professionnalisme que s'il s'agissait de patients contemporains, déterminés à extraire le maximum d'informations pertinentes.

La technologie de pointe utilisée permet au scanner CT de capturer jusqu'à 320 images transversales par rotation. Ces coupes extrêmement fines, dont l'épaisseur est inférieure à un demi-millimètre, sont ensuite assemblées numériquement pour reconstituer des modèles tridimensionnels d'une précision saisissante. La Dre Summer Decker, directrice du Centre d'Innovation en Visualisation Médicale de l'USC et responsable du projet, compare ce processus à l'assemblage d'un 'pain de mie', où chaque tranche révèle des détails anatomiques cruciaux. Suite à cette reconstruction numérique, l'équipe a utilisé des imprimantes 3D pour créer des répliques grandeur nature de structures osseuses clés, notamment les colonnes vertébrales, les crânes et les hanches. Ces modèles physiques constituent une ressource inestimable pour l'étude de l'anatomie ancienne.

Le domaine de la radiologie est en constante évolution. Comme le souligne la Dre Decker, 'à mesure que la technologie progresse, il faut revenir en arrière, examiner et se demander ce que l'on peut apprendre avec nos nouveaux outils'. La haute résolution des scanners a permis aux chercheurs d'identifier des détails subtils, voire des anomalies, qui étaient soit passés inaperçus lors d'examens antérieurs, soit carrément contradictoires aux rapports précédents. Cela démontre le potentiel continu d'apporter de nouvelles perspectives, même sur des restes anciens déjà étudiés.

Concernant Nes-Min, les analyses précédentes suggéraient qu'il avait vécu jusqu'à environ 40 ans et avait subi des traumatismes importants, comme en témoignent des fractures guéries sur sa cage thoracique droite, indiquant qu'il avait survécu à une chute violente ou à une attaque. De plus, des signes laissaient penser qu'il souffrait de douleurs chroniques au bas du dos dues à l'effondrement d'une vertèbre lombaire. Les nouveaux scans haute résolution ont révélé des éléments encore plus stupéfiants. La Dre Decker et James Schanandore, un anatomiste humain spécialisé dans l'étude des restes préhistoriques, ont identifié ce qui semble être des trépanations (des trous) dans la colonne vertébrale de Nes-Min. Cette découverte suggère qu'il aurait pu subir une forme de chirurgie vertébrale, potentiellement similaire à la trépanation, une procédure pratiquement inconnue à cette époque, remettant en question les connaissances antérieures sur les capacités médicales anciennes.

De manière intrigante, les scans ont également offert de nouvelles perspectives sur la cause du décès. Alors que les rapports antérieurs indiquaient que Nes-Min était probablement mort d'un abcès dentaire, les modèles 3D détaillés n'ont révélé aucune preuve d'une infection suffisamment grave pour être fatale. Cette divergence soulève la question de la cause réelle de sa mort.

Dans le cas de Nes-Hor, estimé avoir vécu jusqu'à environ 60 ans, les scans ont offert une image claire d'une articulation de la hanche sévèrement détériorée. Les chercheurs estiment que cette condition aurait entraîné des problèmes de mobilité considérables, causant probablement une boiterie prononcée. La compréhension de telles limitations physiques offre un aperçu tangible des défis quotidiens auxquels étaient confrontés les habitants de l'Égypte ancienne.

Diane Perlov, anthropologue et consultante sur le projet, souligne la valeur humaniste profonde de cette recherche. 'Quand les gens peuvent voir sous la surface de ces momies – leur montrer la source de la douleur dorsale ou de la douleur à la hanche – les gens peuvent les voir non pas comme des artefacts exotiques, mais comme des êtres humains', a-t-elle déclaré. Ce changement de perspective est essentiel ; il comble le vaste fossé temporel, nous rappelant l'expérience humaine partagée de la douleur, de la résilience et des réalités biologiques fondamentales qui nous lient à travers les millénaires.

L'application des techniques d'imagerie avancée et de modélisation numérique aux restes humains anciens représente un bond en avant significatif en bioarchéologie et en histoire médicale. Elle fournit non seulement des données sans précédent pour la compréhension des pathologies anciennes, mais favorise également une connexion plus profonde et plus empathique avec les individus dont les vies sont ainsi éclairées. Ce projet illustre comment l'innovation technologique peut percer les secrets du passé, offrant un récit plus riche et plus nuancé de l'histoire humaine.

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