Espagne - Agence de presse Ekhbary
Daniel Siad : Le Réseau de Jeffrey Epstein à Barcelone et au-delà, selon des Documents Déclassifiés
L'ombre de Jeffrey Epstein s'étendait bien au-delà des demeures de Palm Beach ou des îles privées des Caraïbes. Une récente déclassification de milliers de documents par le Département de la Justice des États-Unis a mis en lumière la figure de Daniel Siad, un ressortissant franco-algérien qui opérait comme une pièce maîtresse dans le réseau complexe d'exploitation sexuelle du magnat, avec Barcelone comme l'un de ses centres d'opérations. Ces dossiers confirment non seulement l'ampleur mondiale des activités d'Epstein, mais détaillent également le modus operandi de ses collaborateurs.
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Selon les documents, Siad s'est installé à Barcelone vers 2016, après avoir résidé à Paris. Depuis la capitale catalane, il a contacté Epstein via Skype pour lui proposer d'envoyer une femme (dont l'identité reste classifiée) pour l'aider à recruter des filles dans la ville. Dans ses communications, Siad tentait de séduire le magnat avec des descriptions de Barcelone comme une ville « pleine de vie » et avec une atmosphère « très tranquille », idéale pour ses desseins. Il mentionnait également sa collaboration avec des agences de mannequins locales, suggérant comment il utilisait sa façade dans le secteur pour faciliter ses activités illicites. Un message ultérieur, d'avril 2017, révèle que Siad avait déjà « plusieurs mannequins campées » dans son appartement, prêt à envoyer des photos à Epstein.
La relation professionnelle entre Siad et Epstein n'était pas gratuite. Les dossiers déclassifiés indiquent qu'Epstein rémunérait les services de Siad via un compte à Dubaï, ce qui pointe vers une structure financière sophistiquée conçue pour dissimuler les paiements et éviter le traçage. Les preuves suggèrent que certaines des jeunes femmes recrutées par Siad n'étaient pas seulement évaluées à distance, mais sont entrées en contact direct avec Epstein, avec des messages faisant allusion à des paiements financiers et des exigences de nature sexuelle. L'une des communications les plus glaçantes montre Epstein exigeant d'une jeune femme lors d'un appel vidéo : « Baisse le téléphone, même entre tes jambes », un ordre qui illustre la dépravation de ses pratiques.
Cependant, Barcelone n'était pas le seul épicentre des opérations de Siad. Son rayon d'action était véritablement mondial. En décembre 2016, par exemple, il s'est rendu à Cuba pour les funérailles de Fidel Castro et, de là, a contacté Epstein pour lui exprimer son intérêt à ouvrir une agence à La Havane, où il avait trouvé « de nouvelles et jolies filles ». Quelques mois plus tard, pendant le Ramadan, il se trouvait à Marrakech, au Maroc, cherchant à nouveau plus de candidates pour le magnat. Ces voyages n'étaient pas de simples déplacements personnels, mais des missions de recrutement actives, financées et motivées par la demande insatiable d'Epstein.
Les documents révèlent également que les activités de Siad remontent à des années avant son arrivée à Barcelone. En mai 2009, il a écrit à Epstein depuis la Pologne, affirmant avoir « quelques filles prêtes » et demandant au moins 4 000 euros. Dans le même message, il soulignait la Slovaquie comme un lieu prometteur, avec des plans pour rencontrer « plus de 45 mannequins » à Košice avant de se rendre à Budapest. Un an plus tard, en juillet 2010, Siad était à Ibiza avec un contact nommé Tigrane et « huit filles top », invitant Epstein à les rejoindre dans une « immense maison » pour bâtir un partenariat. Bien que cette rencontre ne se soit apparemment pas concrétisée, ces épisodes brossent un tableau clair d'un individu profondément impliqué dans la facilitation de l'exploitation sexuelle à l'échelle internationale.
La révélation du vaste réseau de 'rabatteurs' comme Daniel Siad ajoute une couche cruciale à la compréhension de la portée de Jeffrey Epstein. Il n'était pas un prédateur solitaire, mais le sommet d'une pyramide de collaborateurs qui lui permettaient d'opérer sur plusieurs continents, exploitant la vulnérabilité de jeunes femmes avec des promesses d'opportunités dans le monde de la mode ou simplement par des paiements. Ces documents ne comblent pas seulement certaines lacunes dans l'histoire d'Epstein, mais renforcent également la nécessité d'une vigilance constante et d'une action mondiale coordonnée contre les réseaux de trafic et d'exploitation sexuelle.