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Saturday, 14 March 2026
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Argent : contre pétrole ? La tension Ukraine-Hongrie monte d'un cran

Budapest saisit des fonds ukrainiens et fait pression pour l

Argent : contre pétrole ? La tension Ukraine-Hongrie monte d'un cran
7DAYES
4 hours ago
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Hongrie - Agence de presse Ekhbary

Argent : contre pétrole ? La tension Ukraine-Hongrie monte d'un cran

Dans une escalade significative des tensions bilatérales, les autorités hongroises ont saisi un important convoi d'argent liquide et d'or destiné à Kyiv. Cette action audacieuse, vivement condamnée par le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy qui l'a qualifiée de "banditisme", a encore fragilisé les relations déjà tendues entre les deux nations voisines. L'incident survient à un moment crucial, la Hongrie étant dans le dernier mois de sa campagne électorale et confrontée à un différend concernant l'interruption des livraisons de pétrole russe transitant par l'Ukraine.

Les actifs saisis, qui comprendraient environ 80 millions de dollars (70 millions d'euros) en billets d'euros et de dollars, ainsi que 9 kilogrammes d'or, étaient transportés par deux fourgons de sécurité appartenant à la banque ukrainienne Oschadbank. Les forces spéciales hongroises ont intercepté le convoi le 5 mars, détenant temporairement sept citoyens ukrainiens. Les autorités hongroises affirment avoir agi sur la base de soupçons de blanchiment d'argent. Cependant, tant Oschadbank que ses partenaires commerciaux autrichiens soutiennent que le transport était légal et de routine, ce qui jette un doute sur le récit officiel.

Les citoyens ukrainiens détenus ont depuis été libérés et expulsés de Hongrie. Bien que les véhicules aient été restitués, la précieuse cargaison demeure entre les mains des autorités hongroises. Un décret gouvernemental publié le 9 mars, suivi d'une loi parlementaire le lendemain, ordonne la rétention des fonds et de l'or pendant au moins 60 jours pour permettre une enquête sur leur "origine, destination, utilisation et objectif". Cette manœuvre législative a suscité de vives inquiétudes parmi les experts juridiques et les observateurs internationaux quant à sa potentielle rétroactivité et à son respect de l'état de droit.

Les analystes juridiques, dont Miklos Ligeti, responsable des affaires juridiques chez Transparency International Hongrie, ont exprimé leur scepticisme quant aux allégations de blanchiment d'argent. Ligeti a soutenu qu'une véritable opération de blanchiment d'argent impliquerait normalement la dissimulation de chaînes de transactions, ce qui, selon lui, n'est pas le cas ici. Il a en outre suggéré que le gouvernement hongrois pourrait tenter de légitimer ses actions a posteriori en présentant le transport comme une menace pour la sécurité nationale, couvrant ainsi des procédures potentiellement illégales.

Julia Pocze, chercheuse juridique au Centre d'études de politique européenne à Bruxelles, a fait écho à ces préoccupations, soulignant que la création d'une base juridique après coup pour saisir des actifs constitue une violation des principes juridiques fondamentaux et des normes de l'état de droit de l'UE. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l'exécutif européen "continue d'examiner la situation de près" concernant la nouvelle législation.

La saisie des actifs semble directement liée au différend en cours sur les livraisons de pétrole russe. Depuis fin janvier, date à laquelle les transferts de pétrole russe vers la Hongrie via l'Ukraine ont été suspendus suite à une attaque russe contre le pipeline Druzhba, Budapest accuse Kyiv d'entraver délibérément le flux. Le ministre hongrois des Transports, Janos Lazar, a reconnu le 9 mars que les actions de la Hongrie "n'étaient pas indépendantes de la fermeture du pipeline". Cet aveu a été interprété par Ligeti de Transparency International comme la preuve d'un jeu politique, où la Hongrie pourrait tenter de "faire chanter l'Ukraine en retour" si elle se sentait victime de chantage via le pipeline.

L'Ukraine, pour sa part, attribue les retards de réparation à la guerre en cours et a indiqué aux dirigeants européens que les réparations dépendent d'un cessez-le-feu. Alors que le parti Fidesz au pouvoir en Hongrie voit ses sondages baisser avant les élections législatives d'avril, le gouvernement intensifie son discours, présentant l'Ukraine comme une menace pour la sécurité énergétique de la Hongrie. Budapest a dépêché une "mission d'enquête" en Ukraine pour évaluer l'état du pipeline, une démarche contestée par Kyiv, les médias ukrainiens rapportant que des visites officielles ne sont pas prévues et que les membres de la mission sont traités comme des "touristes". La Commission européenne a confirmé qu'elle n'était pas impliquée dans la mission hongroise mais qu'elle organisait son propre groupe d'enquête.

Alors que les deux nations s'engagent dans une guerre de mots et de manœuvres diplomatiques, le sort du pipeline Druzhba, le sort des fonds et de l'or ukrainiens saisis, et les implications plus larges pour l'aide de l'UE à l'Ukraine restent incertains. Cette situation complexe met en lumière l'intersection du conflit géopolitique, de la politique intérieure et du droit international, avec des répercussions significatives pour la stabilité régionale.

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