Europe - Agence de presse Ekhbary
Conflit croissant autour du pipeline Droujba : la Hongrie et l'Ukraine s'affrontent sur l'inspection et l'aide de l'UE
La querelle diplomatique entre Budapest et Kiev s'intensifie de manière spectaculaire, le pipeline pétrolier stratégiquement vital de Droujba étant devenu le point central d'un conflit acharné entre la Hongrie et l'Ukraine concernant son état après les attaques russes. Les tensions, déjà palpables lors du récent sommet de l'UE à Bruxelles entre le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, ont maintenant dégénéré en un conflit ouvert concernant les droits d'inspection et l'allocation de milliards d'euros d'aide de l'UE à l'Ukraine déchirée par la guerre.
La racine du désaccord actuel réside dans la demande de Budapest pour une inspection immédiate de la section du pipeline Droujba en territoire ukrainien, qui a été endommagée par les attaques russes. Ce pipeline, dont le nom russe « Amitié » semble cynique compte tenu de la situation actuelle, est l'une des artères les plus importantes pour l'approvisionnement en pétrole de l'Europe centrale et continue de transporter du pétrole russe via l'Ukraine vers la Hongrie. Le gouvernement hongrois, préoccupé par la sécurité de l'approvisionnement, insiste sur une évaluation physique des dommages.
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Kiev, cependant, a déclaré que le pipeline était si gravement endommagé que sa remise en service ne serait pas possible avant au moins un mois et demi – un délai qui coïncide remarquablement avec la fin des élections législatives en Hongrie. Cette déclaration est accueillie avec scepticisme à Budapest. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a même accusé le président Zelenskyy de mentir après que ce dernier a affirmé n'avoir aucune connaissance d'une visite prévue d'une délégation d'inspection hongroise en Ukraine. Szijjártó a rétorqué que la partie ukrainienne avait été officiellement informée de la visite imminente, faisant référence à une note correspondante.
La réponse ukrainienne ne s'est pas fait attendre. Dmytro Lytwyn, conseiller du président ukrainien, a vivement rejeté le récit hongrois. S'adressant au portail en ligne « Ukrainska Pravda », Lytwyn a souligné : « Peut-être ont-ils déjà oublié ce que sont les relations bilatérales, mais les visites officielles sont un accord, pas une 'note jetée'. » Cette déclaration souligne le fossé profond dans la communication diplomatique et la méfiance mutuelle entre les deux pays. L'escalade de cet échange verbal indique une rupture fondamentale des relations qui va bien au-delà des détails techniques d'une inspection de pipeline.
Le différend sur le pipeline, cependant, n'est qu'un symptôme d'une confrontation politique plus large. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui est en pleine campagne électorale, utilise manifestement une rhétorique anti-ukrainienne pour regagner du terrain dans les sondages d'opinion. Son gouvernement s'est à plusieurs reprises positionné comme un frein à la solidarité européenne depuis le début de la guerre d'agression russe en Ukraine. Budapest bloque actuellement des milliards d'euros d'aide de l'UE à l'Ukraine, ce qui exacerbe encore les tensions.
Le président Zelenskyy a exprimé son inquiétude concernant la politique de blocage de la Hongrie dans une interview avec « Politico » et « Welt ». Il a appelé les partenaires européens à développer de « nouvelles idées » et a souligné : « Nous et l'Europe, nous avons tous besoin d'un plan B. » Il a déclaré que cela était nécessaire pour repousser d'autres « tentatives de chantage » du gouvernement d'Orbán. L'appel de Zelenskyy met en évidence la frustration croissante de Kiev face au rôle de la Hongrie et la crainte que la position de Budapest ne sape le front européen uni contre la Russie.
La position de la Hongrie, souvent isolée au sein de l'UE en ce qui concerne le soutien à l'Ukraine, est considérée par de nombreux observateurs comme une manœuvre stratégique. D'une part, Orbán cherche à souligner la dépendance à l'égard de l'énergie russe et à se positionner comme un défenseur des intérêts nationaux. D'autre part, le blocage de l'aide de l'UE pourrait également être utilisé comme levier pour obtenir des concessions politiques ou financières spécifiques de Bruxelles. L'utilisation continue du pipeline Droujba pour le pétrole russe, même après quatre ans de guerre, illustre les enchevêtrements économiques et politiques complexes qui entravent une réponse européenne rapide et unifiée.
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L'escalade actuelle démontre que les relations entre la Hongrie et l'Ukraine sont à un point bas. Le différend sur l'inspection du pipeline et le blocage de l'aide de l'UE ne sont pas seulement des problèmes techniques ou financiers, mais des reflets de profondes divergences politiques et idéologiques. Ils posent un sérieux défi à l'unité européenne, surtout à un moment où l'Ukraine dépend plus que jamais du soutien inconditionnel de ses alliés.